Mon Trénet à moi

« Ma petite biographie » d'un grand poète (1913-2001)

Charles Trenet
Charles Trenet

Charles Trenet est né à Narbonne le 18 mai 1913. Il passe son enfance à Perpignan. 

Dans les années 30,  lorsqu' il monte à Paris, c'est pour entrer à l'Ecole des Arts Décoratifs. Pris dans un tourbillon artistique en plein essor dans les cabarets de Montparnasse, il rencontre écrivains, poètes et musiciens et se lie d'amitié avec Max Jacob, Jean Cocteau…

Avec le pianiste suisse Johnny Hess, il crée le duo « Charles et Johnny ». Tous deux passionnés de jazz, écrivent et  se produisent dans les cabarets et enregistrent des disques De cette collaboration naitra « Vous qui passez sans me voir », crée par Jean Sablon et Django Reinhardt ; elle devient un succès aux Etats-Unis. Maurice Chevalier crée « Y a d'la joie » c'est un triomphe !  Charles Trenet fait son entrée sur la scène de L'ABC où le public découvre son style fait de  swing et de poésie. Puis Il sort son premier « 78 tours » en solo « Je chante » Le public adopte le « Fou chantant ».

Il obtient son premier grand prix du disque avec « Boum ». C'est la guerre, mobilisé il organise des spectacles sur le front dans son « Théâtre des ailes ». Bien qu'Il chante « Douce France » à la barbe de l'occupant, des rumeurs circulent à son sujet : Il est dénoncé comme juif puis collabo et même déclaré mort ! A la libération le comité d'épuration des artistes le blanchit totalement.

 

Dans les années 40, c'est la libération, Charles Trenet part à la conquête des Etats Unis, un rêve pour la jeunesse de ces années là ! C'est la consécration, les américains adoptent le « frenchie ». « la Mer » et « Que reste t-il de nos amours »   deviennent des standards. Il rencontre Charlie Chaplin, Duke Ellington, Laurel et Hardy, Marlène Dietrich… Mais il sait voir à temps l'envers du décor et refuse un contrat à Hollywood. Il poursuit ses tournées en Amérique du sud, au Canada, pays avec  lequel il « tombe en amour » comme on dit là bas. Il n'oublie pas la France pour autant et vient régulièrement pour « Revoir Paris ». C'est à cette période qu'il rencontre mon papa, Emile Hebey, qui va devenir son « impresario ».

Dans les années 50, Paris a changé. Le monde de la chanson voit naitre les nouveaux talents, Brassens, Brel, Montant, Ferré, Aznavour, se réclamant de lui. Charles Trenet, toujours aussi inspiré, crée des chansons, de nouveaux succès. Il donne des récitals au Théâtre de l'Etoile, à l'Olympia, à l'Alhambra… Moi j'étais là, souvent dans les coulisses et je n'en perdais pas une miette !!!

Dans les années 60 la vague yéyé déferle ! Charles s'éclipse un moment et enchaine les tournées dans le monde entier. Il devient l'emblème incontesté de la chanson française.

 

Dans les années 70, alors que « la Mer » est élue « chanson du siècle » par un referendum auprès du public ; il annonce ses adieux sur la scène de l'Olympia. La  disparition de sa mère le plonge dans une immense tristesse, il s'enferme alors, dans sa propriété du sud de la France  durant deux années, se consacre à la peinture et cultive son jardin secret.

Emile Hebey
Emile Hebey

Dans les années 80, mon père, son impresario meurt . Charles lui a toujours témoigné de son amitié. Je sais qu'ils partageaient le même humour et le goût des calembours plus ou moins tirés par les cheveux !  Je me console en écoutant les vinyles laissés par papa, il y a du jazz et bien sur du Trenet . C'est cette même année que le producteur montréalais Gilbert Rozon convainc Charles Trenet de remonter sur scène. Charles, pour son jubilé (50 ans de chansons) fait le Printemps de Bourges, c'est un succès aussi, auprès des jeunes qui le découvrent.

 

Dans les années 90, il reprend  les tournées internationales et pour fêter ses 80 ans, il donne un récital à l'Opéra Bastille où un par terre d'invités prestigieux lui fait une « standing ovation » d'un quart d'heure ! Il poursuit par une tournée française et au théâtre des Champs Elysées. Il s'est produit pour la dernière fois salle Pleyel devant un public conquis en 1999.

« L'Ame du poète » s'envole le 19 février 2001. Il nous laisse ses chansons, cadeau inestimable, mais aussi des films, des romans, des dessins et son message inoxydable :

« Y'a d'la joie ! »



Valérie Hebey enfant
Valérie Hebey enfant

Charles Trenet et moi

Pelotonnée auprès de l'imposant meuble radio et tourne disque  « La voix de son maître » avec le petit chien du logo comme complice, j'écoutais, l'oreille collée au haut-parleur, sur des vinyles grésillant, les chansons de Charles Trenet et je rêvais… 

Roulant en Cadillac rose, sur  cette « route enchantée » je me laissais entrainer dans la joie et le swing  ou  bercer par les somptueuses mélodies. Il me racontait des histoires drôles, tendres et surréalistes que j'adoptais aussitôt.                 

Je voyais défiler tout l'univers des années 50, swinguant, poétique et  joyeux, les décors et les personnages de ses chansons qui ressemblaient aux  poupées de Peney, que je collectionnais. Je suis entrée dans son rêve et m'y suis sentie bien.